"Arlt relie l'esthétique punk primitif du Velvet Underground à un sens de l'écriture aiguisé, percutant et classique en même temps. Imaginez Leonard Cohen en chanteur du Velvet Underground ou bien Serge Gainsbourg et Nico ayant passé des années à développer un duo. Pas effrayé d'écrire en français au contraire de beaucoup de leurs contemporains, Arlt fait des chansons immédiatement accueillantes, aux arrangements bricolés, étranges et vitaux, conduisant à leur monde rêvé de beauté dérangée." Bryce Dressner (The National)
La chanson française a trouvé avec Arlt son expression la plus irréfutable. Une chanson française émancipée d’elle-même, libre et libérée, débarrassée de ses tics et poses, dont la mémoire vibrante s’articule et se conjugue avec des influences obliques bien de chez nous (Marcel Kanche, Pascal Comelade, Red, Colleen) ou d’ailleurs (David Garland, Clogs, Josephine Foster). Une chanson de traverse, aussi savante que primitive, nourrie en profondeur de musique médiévale et baroque, de folk et de minimalisme, de blues et de pop, réminiscences sonores convoquées de concert, tels des souvenirs enfouis et imbriqués qui auraient encore leur saveur d’enfance. Une chanson qui se refuse aux tentations du nombrilisme et de la crasse effusion, refuge d’ego échoués dans la vase de la satisfaction. Une chanson capable de faire vaciller les aspects du monde, de donner à entendre son envergure et ses ambiguïtés, de frapper au cœur des choses. Une chanson candide et vigoureuse qui, à sa façon, résiste, tâtonne et (se) cherche, résonne et, aussi, raisonne. Jusqu’à la déraison. Manière de se mordre le bout — de La Langue. À tout le moins, de ne pas la tenir.
Depuis 2007, La Langue de Arlt se parle d’abord à deux. Elle et Lui. Au bord de l’océan. Jamais très loin des falaises. Se tenir là, dans la tourmente, avec tendresse. Habiter une maison, ouvrir fenêtres et micros de sorte à laisser entrer la lumière et le vent, les voix du dedans et les fantômes du dehors. Chez eux, sur les rebords de l’aube, Eloïse Decazes (chant) et Sing Sing (chant, Gibson acoustique, Kay électrique débranchée) rejouent la première fois, ce moment précis où l’écriture fleure encore l’origine, où la parole ne saurait chercher le fin mot. Plutôt : s’infiltrer dans les interstices du verbe, en inquiéter les sens, s’empêcher de tout dire, moins pour laisser dire que donner au silence, même fugitif, la place qui lui incombe, le laisser se refléter sur et à l’intérieur des voix, en elles. Deux voix — l’une pure et aérienne, l’autre rauque et terreuse — couplées, mêlées, enlacées, qui fléchissent ensemble, se relèvent ensemble, se brisent, se recollent, se superposent, s’abîment, ensemble. Deux voix qui dansent. Et qui, toujours, parlent. Nous parlent. Il va sans dire.
De cette Langue resplendissante et partagée naît toutefois une tension, un trouble consubstantiel, surtout quand la mesure de l’autre impose de s’en écarter. À tout moment, la solitude peut traverser chaque corps raconté, trahir ses faiblesses, le faire chuter, presque honteux. Et l’amour chanté et enchanteur alors de s’enfuir. Principe de l’incertitude, du surgissement et du basculement, de l’urgence et du revirement, que la musique laisse entendre ou suggère. Brute, accidentée, parfois sauvage et rêche, la musique de Arlt joue, littéralement, le manque. Musique de peu amenée pourtant à circonscrire les vides de l’existence, à les remplir, mine de rien. Musique buissonnière qui défigure et suture. L’amour donc, mais pas seulement. Le vivre à deux, avec l’autre — cet amant, cet ami, cet ennemi. Histoires de toi et moi, forcément versatiles, déchirées, échouées sur la rumeur du monde. Histoires de “Château d’eau” d’où transpire l’anxieux désir que l’on voudrait assouvir. Histoires de batailles perdues que l’on s’efforce, après-coup, de noyer dans un rire grinçant, lames de fond sur lesquelles on en vient à se casser “Les Dents”. Histoires de cœur qui “Rouille”. “Haut en Bas” fragile.
Autour de Arlt, en leur demeure, de bonnes âmes sont venues graviter et se frotter aux compositions et mots de Sing Sing et Eloïse Decazes, dont notamment l’ami musicien Mocke (Holden), compagnon de longue date du groupe sur scène. Présence attentive et légitime à la Fender Jazzmaster ou à la douze-cordes électrifiée, ce dernier, en véritable tireur de perspectives, a apporté du relief, sinon du mordant, à La Langue volontiers poreuse du duo. De l’espace aussi, celui, idoine, qui puisse contenir le lyrisme des voix sans les entraver, faire signe à l’arrière-plan des chansons, leur dégager des angles vifs et des coursives, appeler ce qui remue au fond — les fantômes. Pierre-Jean Grappin à la batterie ou aux percussions, Jean-Baptiste Bruhnes au mixage et Harris Newman (habitué du label montréalais Constellation) au mastering ont quant à eux apposé, de-ci de-là, leurs touches sonores sur la toile d’ensemble, investi les coins et recoins. Ils ont contribué à tracer des lignes de fuite, à ouvrir des brèches donnant sur l’inconnu à l’intérieur d’une œuvre qui tend à s’extraire du temps et des repères assignables. Arlt de se faufiler ainsi parmi l’archipel des autrefois ensevelis, ceux que la mémoire se plait à fouailler, tout en célébrant le présent, tous ces précieux instants qui grondent et nous suspendent à l’écriture de cette Langue anachronique devenue nôtre. Fabrice Fuentes.
The Woima Collective est le groupe Johannes Schleiermacher, saxophoniste tenor du prolifique groupe de funk allemand Poets Of Rhythm (des albums chez Daptone Records, Quanum, Ninja Tune...) dont il a dévoyé la section cuivre pour un album de funk oriental nourri à l'ethio jazz, aux rythmes gnawi et à la transe marocaine. Enregistré à Berlin en grand orchestre avec dix musiciens (guitare, basse, batterie, orgue, percussions et une section de cinq cuivres et bois), Tezeta propose une douzaine de titres qui ont le blues du désert, le groove cosmique et parfois le dub ethnique.
The Woima Collective doit beaucoup à Mulatu Astatke, qui a accépté d'enseigner les modes éthiopiens que les musiciens on su s'approprier en accomodant funk et jazz africain.
Le résultat se trouve quelque part entre The Heliocentrics, Poets Of Rhythm, Karl Hector and The Malcouns et The Budos Band.
Rebekka Karijord, d'origine Norvégienne, doit une grande partie de son éducation à la musique impérieuse et sévère du littoral scandinave. Et de musique, il fut très vite question: dès l'âge de cinq ans au violon ou au piano, puis Rebekka enregistre ses premières demo à l'adolescence, et attire vite l'attention de labels locaux qui sortent ces deux premiers albums « Neophyte » en 2003 et « Good or goodbye » en 2005. Deux disques plutôt bien acceuillis par la presse et deux nominations aux Grammy awards scandinaves.
Si les deux premiers albums étaient plutôt influéncés par kate Bush et Goldfrapp, l'authenticité du troisiéme puise dans un folk nordique plus naturel et original.
Enregistré à Stockholm, dans le studio que Rebekka partage avec sa compatriote Ane Brun, avec qui elle partage aussi la scéne, l'accompagnant à la harpe et au chant. « The noble art of letting go » a été composé dans l'obscurité des premiers mois de l'hiver avec comme base une harpe, un piano et cette grâce d'un autre monde qui touche cordes vocales de Rebekka Karijord. Des arrangements pop classiques et audacieux viennent compléter le tableau, avec de très légères touches electroniques.
L'album sert de bande son au nouveau spectacle de la troupe Cirkus Cirkör, baptisé « Wear it like a crown » en référence à l'un des titres de l'album, le cirque tourne dans le monde entier.
www.myspace.com/rebekkaandthemysterybox
Jneiro jarel revient avec un nouvel album baigné d'influences brezilienne. Fauna fait suite au premier album Three Piece Puzzle sorti sur Kindred Spirits en 2005, entre temps Jneiro Jarel a travaillé avec TV on the Radio, MF Doom ou encore Khujo Goodie de Goodie Mob et mené de front plusieurs projets sous les pseudonymes de Shape Of Broad Minds ou Dr Who Dat? (tous deux chez Lex Records) ou en groupe avec Willie Isz.
Comme dans Beat Journey, le premier album de Dr Who Dat?, Fauna tire les racines de la musique brésilienne: Sérgio Mendes, Tom Jobim, Caetano Veloso, le tropicalisme sert de fil conducteur à un foisonnement electro hip hop particulièrement inspiré que Jneiro Jarel, à la manière d'un Flying Lotus, parvient à extraire de tout genre. Rap ou dancehall ou non répértoriables, ses productions hypnotiques semblent toujours tournées vers le dub, un dub de l'espace qui aurait attéri a Rio plutôt qu'a Kingston.
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