La musique d’Arlt est une langue. Ce mot constituait d’ailleurs le titre fort judicieux du premier album enregistré par le duo, épaulé à l’époque par des cousins d’idiolecte, Bertrand Belin et surtout Mocke (du groupe Holden). "La Langue" contenait déjà (ou plutôt, ne contenait déjà plus) l’envie d’un langage nouveau, d’une approche différente de l’écriture: des mélodies à la beauté errante, un français étrange(r), une guitare rythmique à la fois virtuose et déglinguée, et un chant, le fameux chant double d’Eloïse Decazes et Sing Sing, que l’on pourrait aisément qualifier de possédé. Il serait tout aussi juste de parler d’un chant possédant. Voire encore plus aujourd’hui, avec ces deux nouvelles chansons.
"Le Pistolet" et "Chien Mort, Mi Amor" annoncent un prochain album qui pourra s’intituler "La Langue Tirée": un disque de sale gosse, qui choisit de n’être plus sage (le fût-il un jour), de casser les filtres. Le virage est électrisé: même toujours caractérisées par un certain minimalisme, les guitares de Sing Sing (entremêlées à celle du camarade de jeu Mocke et enregistrées en une ou deux prises) prennent des libertés, de la liberté, un ton plus punk, "plus rock n'roll en tout cas, et nourri par les écoutes de musiques ethniques, de free-jazz, de pop déviante, etc."
La partie finale de "Chien Mort, Mi Amor" est une petite aventure en soi. Après cette chanson ahurie d’enfant terrible, aux nerfs apparents, Arlt entre dans une transe dont on sent qu’il refuse de connaître la sortie, volontairement, effrontément, armé d’un pistolet manifestement bien chargé. Pas de poncif sur la prise de substances (on aura compris que c’est à la musique qu’Arlt se shoote): Arlt a replongé et pris de la substance, du contenu, décrochant cette fois-ci encore plus d’immédiateté.
Classez ce 45 tours dans la catégorie « art brut musical ». Ecoutez Sing Sing et Eloïse transformer le "warm gun" de Lennon en "Tu m’as pris pour un pistolet". "Nous voilà à terre, mi amor", chantent-ils également, à l’unisson, produisant une musique à la fois sexuelle et ludique.
Mickaël Mottet
Arlt's music is a language. Incidentally, the duet's first album was entitled "La Langue". Holden's Mocke, an Alrt-dialect speaker himself, took part in that album, which already contained (or should I say, could no longer contain) the will to reach a new form of language, a new way of writing words. You can sense that in the rootless beauty of their melodies, their strange use of the French language, and virtuoso/broken rhythm guitars. Besides, Eloïse Decazes and Sing Sing's vocals do not sound like anything else. You could call their voices possessed; unless it works the other way round. Their songs are actually possessed by their vocals, especially these two new ones.
As "Le Pistolet" and "Chien Mort, Mi Amor" show, the tongue in Alrt's next record could well be stuck out. Problem children Arlt have stopped behaving (have they ever?) and torn the castle apart. They have gone electric, too. Sing Sing and Mocke's guitars, recorded in one or two takes only, still sound quite minimalistic, but they are now taking liberties, and regaining their freedom. Punk rock is in the air, rock 'n' roll too, fueled by ethnic music, free jazz, deviant pop music, etc.
The last part of "Chien Mort, Mi Amor" is one small adventure in itself. As the stunned/stunning tune is almost over, Alrt goes into a trance, willingly throwing the map out the window. This is not music to take drugs to - musicis the drug. Arlt wouldn't go to rehab; they have even more substance, more immediacy.
File their new 7" in 'Musical Art Brut'. Listen to Sing Sing and Eloïse turn Lennon's "Warm Gun" into "Tu m'as pris pour un pistolet" (you took me for a gun). They also sing in unison, "Nous voilà à terre, mi amor" (here we are on the floor, mi amor), making music both sexual and playful.
Mickaël Mottet
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